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Le grand retour des trains de nuit

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Temps de lecture : 4 minutes

D’abord très utilisés puis fortement délaissé dans les années 2010, les trains de nuit font depuis quelques années, un retour dans les débats environnementaux. Un retour en force qui fait écho à la montée du Flygskam, la honte de prendre l’avion. Phénomène apparu en 2018 en Suède, il se répand petit à petit dans l’Occident. L’idée est de réduire l’utilisation de l’avion (notamment pour les vols intérieurs) pour privilégier des modes de transports plus écologiques. Le train se révèle être une très bonne alternative pour les longs trajets. Ce retour s’illustre notamment par la grande mobilisation du collectif  “Oui au train de nuit” et sa pétition qui a déjà récolté près de 201 500 signatures. Zoom sur ce retour en arrière pas si arriéré que ça

La longue histoire des trains de nuit

L’un des premiers et plus mythique train de nuit est L’Orient-Express qui a lancé son premier départ en 1883. Lieu de nombreuses fictions, son dernier voyagé fut opéré en 2007. Jusqu’en 1981, les trains de nuit se développent fortement en France avec près de 550 gares qui sont desservies. Cependant, cette année-là le train à grande vitesse fait son apparition. Il change complétement la manière dont la mobilité au sein du territoire est consommée, en réduisant grandement le temps de trajet. 

Avec ça vient ensuite l’augmentation de l’utilisation de l’avion pour les déplacements nationaux et internationaux. À bas prix et rapide, il séduit de plus en plus de passagers. Mais ce n’est pas la seule raison. En effet, la baisse des investissements accordée au réseau secondaire ainsi que le vieillissement du matériel accélère le déclin du train de nuit. Pour justifier l’abandon de ces lignes de nuit, le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, déclare en 2016 que “chaque billet de train de nuit vendu nécessite plus de 100 euros de subventionnement public en moyenne”. L’État arrête les subventions de six dernières lignes en 2016. De 550 gares desservies en 1981, il n’en reste plus que 5 en 2020. Ces lignes rayées des cartes entrainent la colère des villes moyennes, qui ne sont pas desservies par le TGV. 

Des investissements de plus en plus nombreux 

Alors que tous les pays d’Europe de l’Ouest abandonnait les trains de nuit, l’Autriche est elle, allé à contre sens. En effet, elle a fait le pari, en 2016, de relancer des lignes européennes. Avec un investissement de 40 millions d’euros, l’opérateur national ÖBB (Österrei­chi­sche Bundesbahnen) a racheté une partie des wagons abandonnés par la compagnie allemande Deutsche Bahn. Le pari est réussi puisque dès la première année d’exploitation, la compagnie affirme avoir été bénéficiaire avec son service Nightjet. Bien que cette activité reste une activité de niche pour la compagnie, avec 1.4 millions de passagers transportés, elle semble séduire de plus en plus de passagers soucieux de l’écologie. Pour l’heure, la compagnie commercialise près de 26 lignes desservant notamment plusieurs pays d’Europe : l’Italie, l’Allemagne, la Suisse, ou encore la Pologne.

carte trains de nuit europe

Sans doute porté par la réussite du pari autrichien, la SNCF a pour intention de réouvrir les lignes Paris – Nice et Paris – Tarbes – Hendaye d’ici 2022, en investissant notamment 100 millions d’euros à la mise en service de nouveaux trains plus modernes et dotés de couchettes plus confortables. 

Mais la France, comme bon nombre de ses pays voisins, compte surtout sur une alliance européenne pour relancer totalement son activité des trains de nuit. C’est chose faite avec un partenariat signé entre les opérateurs ferroviaires autrichiens (ÖBB), allemand (Deutsche Bahn), suisse (CFF) et français (SNCF). Ces trains, qui seront opérés sous la marque Nightjet, verront le jour dès fin 2021 avec l’ouverture des nouvelles lignes :

  • Décembre 2021 : Paris-Vienne via Munich, Zurich-Amsterdam via Cologne ;
  • Décembre 2022 : Zurich-Rome via Milan ;
  • Décembre 2023 : Paris-Berlin via Strasbourg, Berlin-Bruxelles ;
  • Décembre 2024 : Zurich-Barcelone

Une alternative plus écologique à l’avion

Alors que l’Union Européenne s’est engagée à réduire d’au moins 55% leurs émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation excessive de l’avion sur des trajets de courte et moyenne distance semble être encore trop polluant. En effet, selon plusieurs études, l’utilisation des trains de nuit émet 30x moins de CO2 que voyager en avion sur le même trajet. Autre donnée, pour un avion, on compte entre 190 et 215 g de CO2 émis par km, chiffre impressionnant à côté des trains qui n’émette qu’entre 5 et 45 g de CO2 par km.

Alors que la majorité des usagers utiliseraient les trains de nuit pour le divertissement et le tourisme, le choix d’une mobilité plus verte va de pair avec le sentiment de Flygskam (la honte de prendre l’avion) de plus en plus grandissant. 

Selon le collectif “Oui au train de nuit”, en construisant 30 nouvelles lignes, dont 15 intra-européennes, on pourrait éviter près de 1.9 million de tonnes de CO2 par an en transportant près de 10 millions de voyageurs annuels. Au-delà du bénéfice écologique évident, les trains de nuits permettraient aussi de reconnecter les territoires de la “France périphérique”, non desservis par les gares TGV et manquant cruellement de moyen de transport alternatif pour se déplacer sur l’ensemble du territoire. 

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