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Les transports en commun gratuits, avenir ou utopie ?

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Temps de lecture : 5 minutes

À l’approche des prochaines élections municipales, de nombreux candidats évoquent la possibilité de rendre gratuits les transports publics sur leur ville. Finis les tickets, contrôleurs et terminaux, un simple bonjour suffit à Compiègne depuis 1975 ou encore récemment à Calais depuis janvier 2020 ! Bien que parmi les 330 AOM (Autorités Organisatrices de la Mobilité), certaines ont déjà sauté le pas pour des raisons économiques et environnementales. Mais, cela n’est pas envisageable sur toutes les villes. À travers notre étude de cas, retrouvez notre étude sur la gratuité des transports. Quels sont les chiffres clés ? Cela relève-t-il d’une fausse bonne idée ? Et enfin, zoom sur les alternatives déjà mises en place par certains réseaux de transport.

Tour d’horizon des transports en commun en France

Selon une récente étude du GART (Groupement des autorités responsables de transport) et de l’UTP (Union des transports publics et ferroviaires), se déplacer en voiture coûterait 16 fois plus cher que le bus en province et sept fois en Île-de-France. Néanmoins, 12% des Français se rendent à leur lieu de travail et d’étude en bus, contre 61% en voiture. Comportement contradictoire, du fait que le prix des tickets n’avait augmenté que de 8,5% entre 2008 et 2018.

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En effet, avec un taux de fraude estimé à 8,9% en France (3,1 en Europe), ce sont actuellement les villes de Lyon élu meilleur réseau, Paris et Strasbourg qui coûte le plus cher en matière de transport public. En termes de prix, nous avons un ticket à 1,90 € du côté des Transports en commun Lyonnais (TCL) et de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) et 1,80 € pour la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). Des recettes non négligeables qui s’élevaient en 2018 à près de 55,9 millions pour la CTS, 256 millions pour les TCL et 3,3 milliards d’euros pour la RATP, avec près de 200 millions d’euros perdus dus aux fraudes.

La gratuité des transports en France et dans le monde…

Une trentaine de villes gratuites en France…

Du côté de l’Hexagone, on ne compte pas loin de 34 municipalités. Parmi elles, nous pouvons citer Calais, Niort, Aubagne ou encore Dunkerque. Comptant près de 257 000 habitants en aire urbaine, cette dernière est notamment la plus grande agglomération de France, à avoir adopté ce système. Lancé en septembre 2018, la fréquentation de ses lignes de DK’BUS, filiale de Transdev, a connu une explosion de près de 65% en semaine et jusqu’à 125% le week-end. Soit une augmentation moyenne à l’année de 85%, en raison du changement d’habitude des automobilistes dunkerquois. En effet, 48% d’entre eux ont délaissé leur voiture au profit des bus.

L’Estonie, pionnière et exemple à suivre

Du côté mondial, on estime à près de 110 réseaux de transports publics gratuits. Deux pays se démarquent, à savoir l’Estonie et le Luxembourg. En effet, ce sont à ce jour les seuls à avoir décidé d’étendre la gratuité sur l’ensemble de leur territoire. Le modèle balte a commencé dans un premier temps à rendre gratuits tous les transports sur sa capitale Tallinn. Ville de près de 426 500 habitants, c’est en janvier 2013 que les transports passent gratuits pour tous les résidents. Avec la simple acquisition d’une carte de deux euros, les tallinnois sont totalement libres de circuler dans les trains, les bus et les trams de la capitale. D’après une étude, on estime une économie réalisée de près de 600 €/an pour une famille de deux adultes et deux enfants. Un budget conséquent, sachant que le salaire mensuel moyen est de 1177,58 €, 30% de moins qu’en France.

Suite au succès de cette mesure dans la capitale estonienne, c’est à l’échelle nationale qu’a été étendue la gratuité avec les bus départementaux. Le but : Limiter à la fois l’exode rural et la consommation nationale des carburants fossiles. En effet, comme souligné par Kadri Simson, ministre des Affaires économiques et des Infrastructures du pays, « nous devons trouver des moyens pour encourager les gens à voyager de manière plus écologique, par exemple en utilisant les transports en commun.»

Une gratuité des transports publics à double tranchant

Un manque à gagner considérable pour les AOM

Parmi les nombreuses études de faisabilité, un point essentiel ressort souvent, à savoir le taux de couverture. Équivalent aux dépenses d’exploitation sur les recettes commerciales, la moyenne française se situerait autour de 30%. Autrement dit, 30 % des coûts des réseaux sont supportés par les ventes de tickets et d’abonnements. À Paris, ce taux s’élève à 27%, 30% à Lyon et 47% à Strasbourg, meilleur ratio sur l’Hexagone. Pour information, à Londres, ville reconnue comme étant élevée en matière de transports publics, le ratio oscille à plus de 50%.

Au regard de ces taux, on remarque que les villes où le bus est le moyen de transport principal sont plus favorables à la gratuité. Relativement moins coûteux que le métro ou le tram, il engendre moins de financements dans le long terme. C’est notamment le cas de la commune bretonne Dinan où il a été jugé préférable de rendre les bus gratuits. En effet, le coût lié à la vente de tickets de bus revenait à être plus cher que les recettes. Mais, une question se pose donc de savoir comment combler cette rentrée d’argent. À Niort, cela a été rendu possible par l’augmentation du versement transport supporté par les entreprises. Alors qu’à Dunkerque, l’adoption des transports gratuits résulte de l’abandon du projet de construction d’une nouvelle salle de spectacle.

Toutefois, certains n’ont eu d’autres choix que de rebrousser chemin. Ce fut notamment le cas de la ville de Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Gratuits depuis plus de 9 ans avec près de 540000 voyages en 2018, les transports manosquins sont redevenus payants. Les usagers doivent désormais s’acquitter de 1 € par trajet. Avec plus de 6 millions d’euros de dépenses, les fonds propres de 3 millions d’euros ne leur permettaient plus d’étendre la gratuité sur toutes les communes avoisinantes. À terme, le déploiement d’applications de tickets dématérialisés comme MyBus, semble être une piste intéressante pour réduire les coûts engendrée par la billetterie (bornes, terminaux, vendeurs, etc.).

Une augmentation de la fréquentation avec un faible impact sur l’environnement

Certains réseaux tels que la RATP, sont déjà saturés. Ce qui rend très difficile la mise en place des transports gratuits en Île-de-France. En effet, on estime une augmentation du nombre d’usagers d’un million dont 10% d' »anciens piétons ». Peu sensibles aux transports gratuits, on estime seulement à 2% le nombre d’automobilistes qui prendraient les transports en commun. Comme déclaré par la Fnaut (Fédération nationale des associations d’usagers des transports)  « Les usagers qui abandonnent la voiture sont ceux qui ont les moyens de choisir ; or ils ne le font que si le transport collectif s’avère plus rapide ». Une augmentation de la fréquentation qui pourrait ainsi à terme engendrer une dégradation de la qualité des services franciliens. En effet, pour répondre à cette demande, le réseau parisien sera dans l’obligation d’investir dans plus 100 000 nouveaux bus.

L’alternative : La gratuité partielle, ciblée ou temporaire

Comme nous venons de le voir, la gratuité est difficilement envisageable dans les grandes et moyennes agglomérations. C’est de ce constat qu’est apparu la gratuité dite partielle. En effet, malgré un réseau majoritairement payant, les autorités organisatrices de mobilité ont décidé de fixer différents critères donnant droit à certains usagers la libre circulation. Premier cas, la tarification solidaire. Déployée par une trentaine de réseaux en France depuis 1996, elle a pour but d’aider les usagers en situation précaire. Contrairement au statut social, cette dernière est calculée sur la base des ressources du foyer via le quotient familial. C’est notamment le cas avec le réseau nantais TAN qui offre le transport gratuit à tous les usagers ayant un quotient familial inférieur ou égale à 600 €.

Autre critère ciblé, l’âge. Du côté de l’Île-de-France, c’est l’une des nouvelles missions de la maire de Paris. En effet, Anne Hidalgo a pour souhait de rendre gratuits les transports pour les moins de 18 ans. Au cours des années 2018 et 2019, les transports gratuits se sont étendus auprès des enfants de moins de 11 ans, les handicapés de moins de 20 ans et les seniors de plus 65 ans aux revenus modestes.

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